CfP: Guerre et construction de l’Etat dans l’espace post-soviétique

deadline 10 gennaio 2019

Congrès de l’AFSP 2-4 juillet 2019

Appel à communication

Guerre et construction de l’Etat dans l’espace post-soviétique

(Groupe AFSP violences et conflits)

Responsables scientifiques : Anne Le Huérou et Anastasia Fomitchova

Depuis les années 1990, certains Etats post-soviétiques ont été ou sont confrontés sur leur territoire à des conflits armés parfois qualifiés de « conflits gelés » ou de «séparatiste ». Ces conflits ont donné lieu à la formation d’ordres sociaux et politiques concurrents sur ces territoires et, malgré des différences de contexte, de trajectoires, de temporalité et d’intensité des combats, les similitudes des dynamiques institutionnelles et politiques appellent une approche comparatiste : l’Arménie avec le conflit au Haut-Karabakh, la Géorgie avec les conflits abkhaze et ossète, la Fédération de Russie avec la guerre en Tchétchénie, la Moldavie avec la Transnistrie et l’Ukraine avec la guerre dans le Donbass. A la lumière des travaux sur la construction de l’Etat dans la guerre (Tilly : 1992) et sur les guerres civiles (Baczko, Dorronsoro : 2017), ce panel propose de revenir sur la formation (Berman et Lonsdale : 1992) de ces Etats post-soviétiques en s’interrogeant sur la place de la guerre à travers deux axes : D’une part, la restructuration des appareils étatiques dans les contextes de conflit armé et, d’autre part, la production de discours identitaires redéfinissant l’espace légitime du politique. Dans le prolongement des travaux critiquant les approches de l’Etat comme institution rationnelle légale, au travers d’une analyse des  pratiques des acteurs, des discours institutionnels et des politiques publiques on s’interrogera sur la manière dont les conflits armés sur ces territoires amènent (ou non) à une restructuration des appareils étatiques.

Dans le prolongement des analyses liant la formation de l’Etat à la création d’un appareil militaire dans la guerre (Tilly : 1985), on se penchera dans un premier temps sur les dynamiques institutionnelles induites par les réformes occidentales dans les différents secteurs de l’Etat, et d’interroger les effets de ce processus sur la formation des Etats. Les Etats post-soviétiques confrontés à un conflit armé sur leur territoire se caractérisent par une forte désorganisation de leur appareil sécuritaire. Dans plusieurs de ces Etats, la gestion du militaire par « décharge » (Hibou, 2000) est suivie d’un retour de l’Etat dans la formation des armées nationales permis grâce à l’appui des acteurs occidentaux. Peut-on voir dans le maintien des logiques informelles et dans l’impossibilité pour l’Etat de revendiquer le monopole de la violence des éléments contradictoires avec la formation d’un Etat moderne ?

D’autre part, ces Etats bénéficient du soutien d’acteurs internationaux qui constituent de nouveaux circuits de dépendance économiques et politiques vis-à-vis des bailleurs de fonds, notamment l’Union Européenne, la BERD ou encore le FMI. Le degré d’autonomie des institutions étatiques varie en raison du processus de libéralisation entamé depuis les années 1990-2000 sous l’égide des institutions internationales. Cette réforme de l’appareil étatique induit-elle un repositionnement des élites dans de nouveaux réseaux économiques ? La guerre, et le soutien des acteurs occidentaux amènent-ils les élites nationales à développer de nouveaux dispositifs articulant discours néolibéraux et adaptation des pratiques politiques et économiques ? Dans le cadre de ces discours produits par les organisations internationales et les acteurs politiques centrés sur la « transition démocratique » de ces Etats, on s’interrogera sur la mise en place de modes de gouvernement spécifiques dans les pays en guerre de l’espace post-soviétique, et sur le fait de savoir si ces nouveaux dispositifs conditionnent la production de discours de légitimation par les élites.

Enfin, dans quelle mesure ces situations de conflit ont elles un rôle mobilisateur dans la production de nouveaux discours identitaires ? La guerre devient productrice de nouvelles identités et de nouveaux marqueurs dans le cadre de la construction de l’historicité de ces Etats, avec une consécration ou non par des politiques publiques. En Ukraine le conflit conduit à la cristallisation de mythes nationaux qui deviennent le socle sur lequel vient s’ériger un discours d’identité nationale. En Tchétchénie, l’identité séparatiste s’est construit en réactivant le passé de résistance à la colonisation russe et s’est renforcé par les jeux de labellisation produite par le discours politique russe. On abordera ainsi les dynamiques postcoloniales de promotion d’un discours sur l’identité nationale (Thiesse, 2001) ou la réinvention de la tradition (Hobsbawm, Ranger : 2006) constitutifs d’un imaginaire national construits dans l’altérité vis-à-vis de l’identité soviétique et de l’héritage communiste.

Les communications devront porter sur la formation, le fonctionnement et la transformation des Etats post-soviétiques dans la guerre (au travers d’une analyse sociologique des institutions et des politiques publiques, des discours et des pratiques des élites), et tout objet permettant de faire dialoguer action des organisations internationales et conflit armé dans le cadre d’une analyse de la gouvernementalité des années 1990 à aujourd’hui. Les propositions devront comporter : le titre de la communication, le nom et le prénom du ou des auteurs, leur institution de rattachement et le résumé de la communication (6000 signes maximum).
Bibliographie

Anderson Benedict, l’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La découverte, 1996.

Baczko Adam, Dorronsoro Gilles, « Pour une approche sociologique des guerres civiles », Revue française de science politique, 2017, vol. 67, no 2.

Bayart Jean-François, Ellis Sophie, Hibou Béatrice, La Criminalisation de l’État en Afrique, Bruxelles, Complexe, coll. Espace international, 1997.

Berman Bruce, Lonsdale John, Unhappy Valley: Conflict in Kenya and Africa. Books One and Two, Londres, Longman, 1992.

Briquet Jean-Louis, Favarel-Garrigues Gilles (dir.), Milieux criminels et pouvoir politique. Les ressorts illicites de l’Etat, Paris, Karthala, Recherches Internationales, 2008.

Bourdieu Pierre, Sur l’Etat, cours au Collège de France (1989-1992), Paris, Broché, 2012.

Dorronsoro Gilles, Grojean Olivier, Identité et politique, De la différenciation culturelle au conflit, Presses de Science Po, 2015.

Hassner Pierre, Marchal Rolland (dir.), La guerre entre le global et le local, Paris, Karthala, 2003, pp. 370-402.

Hibou Béatrice (dir.), La privatisation des États, Paris, Karthala, 2000.

Hobsbawm Eric et Ranger Terence (dir.), L’invention de la tradition, Editions Amsterdam, Paris, 2006

Le Huérou Anne, Merlin Aude Le conflit tchétchène à l’épreuve de la reconnaissance Cultures & conflits, L’Harmattan, 2012, pp.47-68.

Papazian Taline, L’Arménie à l’épreuve du feu, éd. Karthala, Paris, 2016.

Thiesse Anne Marie, la création des identités nationales, Editions du Seuil, 1999.

Tilly Charles, The Formation of National States in Western Europe, Princeton, Princeton University Press, 1975.

Author: Max

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