CfP: Où situer le communisme, entre démocratie et totalitarisme ?

​Deadline 26 février 2018

Journée d’études

Université Paris Diderot – 16 mai 2018

La journée d’étude sera organisée sous l’égide de l’Action structurante « La Fabrique du
politique : utopies, émancipations, radicalisations. Une approche interdisciplinaire du
politique ».
Comité scientifique : Sophie COEURE (Université Paris Diderot, ICT), Marie CUILLERAI
(Université Paris Diderot, LCSP), Martine LEIBOVICI (Université Paris Diderot, LCSP),
Aurore MREJEN (Université Paris Diderot, LCSP), Benoît de TREGLODE (Ecole militaire,
IRSEM).

Argumentaire

De Marx à Lénine la « dictature du prolétariat » est devenue la « dictature
démocratique ». Ce concept, dans la perspective d’Althusser, peut ouvrir la stratégie du
communisme comme un projet à long terme, en passant par l’étape socialiste. Il possède de
plus le statut d’un concept scientifique parce qu’il est démontré, prouvé et vérifié dans la
pratique de Lénine. Pour Marx et les marxistes comme Althusser, la dictature prolétarienne
est la manifestation la plus haute de la démocratie populaire, et le communisme est la forme
politique capable d’assurer la liberté la plus large et la plus complète de l’être humain.
Néanmoins, aux yeux d’Edgar Morin, ce mot-mythe « dictature du prolétariat » se transforme
en réalité en mot-illusion : la pratique de Lénine lui-même a renversé le sens de ce mot, le
pouvoir dictatorial du prolétariat au sens de Marx n’existe pas, seule la monopolisation totale
du pouvoir du Parti bolchevik est réelle, soit le totalitarisme en pratique. Ce point de vue est
partagé par des intellectuels ayant vécu sous le régime soviétique du bloc de l’Europe de
l’Est : Vaclav Havel voit dans le régime communiste un système authentiquement totalitaire,
tandis qu’Agnès Heller conclut que le régime communiste est totalitaire parce que se trouve au
centre du pouvoir un parti tout-puissant qui contrôle l’ensemble de la société.
Le caractère complexe de ce phénomène politique pourrait se résumer aussi par
l’expression « démocratie totalitaire » utilisée par Jacob L. Talmon dans son ouvrage Les
origines de la démocratie totalitaire, paru en 1952. Tandis que le livre Les Origines du
totalitarisme de Hannah Arendt, publié en 1951, décrit le type de régime totalitaire comme
caractérisé par la domination totale et la terreur, dans lequel ne reste rien de la démocratie.
Cette complexité, Enzo Traverso, l’a bien mise à jour dans son livre Le totalitarisme, le XXe
siècle en débats, en 2001, ce qui témoigne de la permanence du débat.
Alors, où situer le communisme, entre démocratie et totalitarisme ?
Cette question reste d’actualité, puisque l’idée communiste continue d’être revendiquée.
Et perdurent des régimes érigés en son nom. Il est significatif que tous les régimes
communistes actuels se définissent comme démocratiques, en dépit de leur mode de pratique
réel. La Corée du Nord, par exemple, porte le nom « La République populaire démocratique
de Corée ». S’impose donc une nécessité de porter un regard – ou plutôt des regards croisés
de différentes disciplines – sur ce phénomène complexe, de son passé à son futur, pour en
améliorer la compréhension.

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La complexité communiste peut être examinée sous les trois aspects suivants, qui ne
prétendent pas par ailleurs à l’exhaustivité des approches :
1) En quoi le communisme se définit-il comme démocratique ? L’aspect utopique de
l’idéologie marxiste et le caractère mensonger de la propagande communiste ont été
abondamment discutés. Cependant, une certitude comme celle du révolutionnaire Trotski –
selon laquelle la dictature du prolétariat doit être l’épanouissement suprême de la démocratie
ouvrière – ainsi que l’existence des soviets prouvent que parfois, entre l’illusion, l’utopie, le
mensonge et le réel, il n’existe pas une séparation totale ou une frontière claire. Réexaminer
cette question à l’heure actuelle est une exigence de la pensée politique, nécessaire pour
comprendre sur quelles bases le communisme se définit comme démocratique, comment
l’utopie démocratique du communisme a été possible, chez Marx, chez certains penseurs
marxistes (Althusser, Mandel) et chez certains hommes d’action marxistes (Trotski, Ho Chi
Minh).
2) Le totalitarisme est-il la forme la plus radicale de la pratique communiste, laquelle
n’existerait que sous Staline, comme Hannah Arendt l’a pensé, ou bien cette forme serait-elle
toujours d’actualité, bien que nuancée ? La controverse autour de la définition des régimes
totalitaires affiche la complexité de ce phénomène politique sur lequel rien n’est encore
tranché : le totalitarisme communiste commence-t-il avec Lénine, selon la thèse proposée par
Stéphane Courtois ? L’Union soviétique post-stalinienne et le bloc de l’Europe de l’Est

peuvent-ils être qualifiés de totalitaires comme dans la conception de Vaclav Havel ? Ou faut-
il remettre en question ce cadre même de pensée, comme l’ont proposé Moshé Lewin ou

encore Marc Ferro, en décentrant la question politique et notamment la lecture totalitaire, pour
écrire une histoire sociale de l’Union soviétique ? Le potentiel du concept « totalitarisme »
pour discuter le phénomène communiste est-il épuisé ou conserve-t-il sa pertinence pour les
sciences sociales ?
3) Du passé au présent, les interrogations restent les mêmes. À quel type de régime

rattacher les communismes actuels : la dictature à parti unique, l’autoritarisme, le néo-
autoritarisme ou encore le totalitarisme… ? Et comment définir les régimes de la Corée du

Nord, de la Chine ou du Viet Nam ? Dans la lignée de l’œuvre de H. Arendt sur la nature du
totalitarisme, est-il possible de saisir la nature des régimes politiques de ces pays ? Comment
les situer face à l’héritage de l’expérience historique soviétique ? Et comment penser les
complexités sociales sous régime communiste (emprise du régime sur la vie privée,
marginalité, dissidence, etc.) ? Comment les sciences sociales et l’Université ont-elles reçu et
interprété, de la Guerre froide à nos jours, ces régimes politiques et leurs différents
phénomènes sociaux ?
Cette journée d’études s’inscrit dans une approche pluridisciplinaire (philosophie, histoire,
science politique, sociologie, anthropologie, civilisation, géographie, littérature, études
cinématographiques, etc.) et s’adresse à des doctorants, de jeunes chercheurs, des chercheurs
confirmés, ainsi qu’à des témoins variés, afin de proposer une réflexion sur l’expérience
communiste.
Les propositions en français (env. 300 mots) et une courte biographie sont à envoyer avant le
26 février 2018 à l’adresse suivante : situerlecommunisme@gmail.com. Les réponses aux
auteurs seront communiquées pour le 12 mars. La participation à la journée d’études est
gratuite. Les éventuels frais de transports et d’hébergement ne pourront pas être pris en charge
par les organisateurs.
Comité d’organisation : Sandra DOMINIQUE (Université Paris Diderot, ED 382, ICT),
Thi Tu Huy NGUYEN (Université Paris Diderot, ED 382, LCSP), Nataliya YATSENKO
(Université Paris Diderot, ED 382, ICT).

Author: Max

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