Séminaire du GDR – Guerre froide

Séminaire du GDR – Guerre froide

Date et Lieu : 30 janvier de 14h à 18h à l’Institut d’études slaves (9 rue Michelet – 75006 Paris).

Séance organisée par Justine Faure (Université de Strasbourg).

Depuis la chute du bloc soviétique, l’analyse de la Guerre froide a connu deux évolutions majeures. D’une part, elle est devenue en Europe médiane un objet d’étude pour les chercheurs, lesquels ont profité d’une ouverture libérale des archives pour analyser les modalités de fonctionnement des régimes communistes. D’autre part, dans les pays dits occidentaux, où les sciences humaines et sociales se penchèrent sur la Guerre froide pratiquement dès sa naissance, les travaux scientifiques se sont progressivement dégagés des enjeux idéologiques liés au conflit. Dans ce double contexte, nous nous proposons lors de cette séance de séminaire de faire le point sur plusieurs recherches en cours en France, toutes consacrées aux aspects socio-culturels du conflit, afin de nous interroger sur le cadre opératoire qu’offre la Guerre froide pour comprendre l’Europe de l’Est entre 1945 et 1989. Il s’agira notamment de s’intéresser aux phénomènes de circulations par-delà le rideau de fer, aux acteurs du conflit et à l’articulation entre la Guerre froide, ses représentations et sa mémoire.

Interventions

Marie-Pierre Rey (Université Paris-1) et Christian Wenkel (Institut historique allemand) : « Historiographies de la Guerre froide».

Les deux interventions seront complémentaires et se feront écho sur plusieurs points. Marie-Pierre Rey introduira la séance en replaçant l’historiographie de la Guerre froide dans sa longue durée, en soulignant les inflexions qu’elle a connues depuis ses débuts. Sa présentation reviendra sur les temps forts de cette historiographie en insistant sur certains moments et objets particulièrement importants (définition du concept, origines et causes, caractéristiques majeures, disparition ou non de la guerre froide). Et alors que les analyses historiographiques sont souvent centrées sur le point de vue occidental, le point de vue soviéto-russe, souvent mal connu et négligé, sera également pris en compte dans cette présentation. De son côté, Christian Wenkel exposera les principaux courants de l’historiographie allemande sur la Guerre froide, fortement liée à l’historiographie sur la question allemande. Il évoquera ensuite le problème historiographique que présentent les interdépendances entre Guerre froide et intégration européenne et dans ce contexte, s’intéressera plus particulièrement aux années 1980, décennie peu étudiée jusqu’à présent et où le caractère de ce conflit semble changer définitivement. Enfin, il fera le point sur les recherches faites à propos des années 1989-90.

Ioana Popa (CNRS, Institut de Sciences sociales du politique) : « Circulations intellectuelles transnationales en contexte non démocratique : pratiques d’un acteur de la Guerre froideculturelle ».

Cette communication porte sur un acteur occidental de la Guerre froide culturelle, la Fondation pour une entraide intellectuelle européenne, qui a été un intermédiaire non-gouvernemental des circulations littéraires, artistiques et scientifiques Est/Ouest. À partir de 1966, ses programmes consistent d’une part, en l’envoi d’imprimés vers les pays socialistes et en l’aide à la traduction en Occident d’œuvres provenant de ces pays; d’autre part, en l’octroi de bourses d’études à des intellectuels est-européens et en l’organisation de colloques, avec la participation de ces derniers. Ces activités visent à être un contrepoids aux échanges menés dans un cadre intergouvernemental et a fortiori, à travers les appareils des Partis communistes. Les structures institutionnelles dont la fondation est issue, ses sources de financement, ses modes opératoires, les propriétés sociales de ses initiateurs permettent d’interroger les conditions ayant rendu possible l’intermédiation d’une circulation transnationale des savoirs et des hommes par-delà le rideau de fer. Ce cas d’étude témoigne également de l’évolution et de la différenciation des stratégies de combat anticommuniste sur le terrain culturel. Il montre enfin que les circulations intellectuelles encouragées par la fondation n’ont été ni symétriques, ni homogènes, selon les pays socialistes ciblés.

Carmen Popescu (Université Paris-1) : « Post-modernismes architecturaux dans le bloc soviétique : ouvertures et jeux de faux-semblants ».

Dès la fin des années 1960, les architectes des pays du bloc soviétique explorent de plus en plus d’autres pistes que celle du modernisme, dont la réintroduction dans la pratique architecturale avait été pourtant perçue comme une victoire incontestable contre l’ingérence du sévère contrôle idéologique de leur champ. Même si ces nouvelles pistes – brutalisme, structuralisme, organicisme, etc. – ne sont pas comprises sur le moment comme des manifestations post-modernes (ainsi qu’elles seront traitées plus tard), elles ouvriront la voie aux formules du postmodernisme tel quel, avec son retour à l’histoire et à la tradition qui s’opère à partir de la fin de la décennie suivante et surtout durant les années 1980. Ensemble, toutes ces expressions architecturales témoignent de la volonté de ces architectes d’être de leur temps : trouver une solution à la crise décriée du modernisme, mais aussi d’être synchrones avec le monde occidental. S’ils ont ainsi l’impression de (re)trouver un espace de liberté d’expression, ils n’échappent pourtant pas à une certaine instrumentalisation idéologique. Car dans tous les pays du bloc, le régime apprend vite à tourner en sa faveur le langage ambigu du postmodernisme.

Ania Szczepanska (Université Paris-1) : Guerre froide: un concept inopérant en histoire du cinéma ?

Cette intervention se propose d’interroger les divers usages méthodologiques possibles de la notion de Guerre froide, forgée dans le champ des relations internationales, en histoire du cinéma. A partir de divers objets de recherche puisés dans la cinématographie polonaise de la période socialiste, il s’agira de questionner le caractère opératoire ou non de ce terme dans le champ cinématographique. N’ayant jamais éprouvé la nécessité heuristique de recourir à cette notion dans le cadre de mes travaux, mais ayant été amenée à plusieurs reprises à aborder le cinéma polonais dans le cadre du conflit idéologique des blocs Est-Ouest, je souhaiterais revenir sur l’apport éventuel que pourrait avoir cette notion dans la compréhension d’une cinématographie nationale au sein du bloc socialiste. La Guerre froide n’est-elle qu’une construction rhétorique utilisée pour étudier les discours de la politique culturelle du Parti à l’égard des milieux cinématographiques? Au delà des questions de représentation (figure de l’ennemi politique ou idéologique) et de genres cinématographiques particuliers (science fiction), la Guerre froide ne serait-elle finalement qu’une greffe conceptuelle d’une vision post 89 construite à l’Ouest qui échouerait à saisir la spécificité d’œuvres cinématographiques issus du bloc socialiste?

 

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